Comment déterminer ce qui a réussi

Conclusions probantes découlant de l’examen approfondi de ce qui s’avère efficace

Du milieu à la fin des années 1990, des études approfondies et une vérification des dépenses ont été effectuées au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans d’autres pays afin de déterminer ce qui s’avère efficace à réduire la criminalité.

Au Royaume-Uni, la « Commission de vérification » (Audit Commission) est un organisme public indépendant dont le mandat est de s’assurer que les services publics dans les domaines du gouvernement local, de la santé, de la sécurité de la collectivité, etc. sont rendus de façon efficace et rentable. En 1996, elle a mené une étude de rentabilité (value for money) sur les moyens de s’attaquer à la criminalité chez les jeunes. Le rapport intitulé « Jeunesse gaspillée» (Misspent Youth Audit Commision 1996) qui en a découlé et qui fait maintenant école a conclu que les ressources gouvernementales consacrées à la sécurité de la collectivité communautaire et à améliorer la qualité de vie des jeunes seraient maximisées en investissant de façon judicieuse dans nos jeunes au lieu d’attendre que la police ou le système de justice pénal ne sanctionnent les jeunes contrevenants.

Quelques années plus tard, le « Service général d’inspection de la police » (Her Majesty’s Inspectorate of Constabulary - HMIC), responsable de l’évaluation et de l’amélioration de l’efficacité des services de police en Angleterre et au Pays de Galles, a mené ce qu’il estime être ‘l’évaluation la plus approfondie des activités des services de police visant la réduction et la prévention de la criminalité’ (HMIC 1998). Les rapports intitulés « Vaincre le crime » (Beating CrimeHMIC 1998) et « Condamner le crime » (Calling Time on Crime HMIC 2000) en sont venus à la conclusion, qu’afin d’être en mesure de contribuer de façon significative à la réduction des délits, la police devait adopter une approche plus stratégique et mieux ciblée tout en forgeant des partenariats avec les agences en mesure d’influer sur les facteurs de risque liés à la criminalité.

A peu près à la même période, le ministère britannique de l’Intérieur (Home Office), en charge de la police, de la justice pénale et de la sécurité nationale, a réalisé une étude approfondie intitulée « Réduire les délits » (Reducing Offending Home Office 1998) dans le but de comparer l’efficacité et la rentabilité de différentes approches. Le rapport en vient à la conclusion que les stratégies intégrées combinant des programmes sociaux à long terme ciblant les facteurs de risque liés à la criminalité avec des initiatives à court terme visant à réduire les occasions de délit réussissent, avec le temps, à réduire significativement la criminalité.

En 1999, le Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC), établi à Montréal, a également fait une analyse comparative des études portant sur les facteurs liés à la criminalité et sur l’impact des interventions ciblant ces facteurs, en plus d’offrir plusieurs sources de recommandations. Le rapport a mis en lumière que :

  • La prévention de la criminalité connaît du succès lorsque que les intervenants qui sont en mesure de s’attaquer aux causes de la criminalité, tels les gouvernements, les services sociaux, les écoles, les parents et les organismes de loisirs, sont parties prenantes du diagnostic et de l’identification des solutions à apporter aux problèmes;
  • La prévention de la criminalité se traduit par des bénéfices sociaux concomitants importants, par exemple en offrant un soutien aux enfants et aux jeunes à risque afin qu’ils terminent avec succès leur scolarité, qu’ils trouvent des emplois rémunérateurs et qu’ils assument des rôles parentaux responsables. (CIPC 1999)

En 1996, le « Congrès des États-Unis » (United States Congress) a demandé au ministère américain de la Justice de lui fournir une évaluation détaillée de l’efficacité des subventions, totalisant plus de 3 milliards $ annuellement, allouées à la prévention de la criminalité à travers les États-Unis. Lawrence Sherman et ses collègues de l’Université du Maryland ont passé en revue plus de 600 évaluations de programmes visant à prévenir de la criminalité. Leurs conclusions, fondées sur des critères rigoureux et scientifiques, démontrent que :

  • Prévenir la criminalité avant qu’elle ne devienne réalité est plus rentable que l’accroissement des effectifs policiers ou l’incarcération d’un plus grand nombre de contrevenants;
  • L’évaluation scientifique de plusieurs programmes très connus, tels la surveillance de quartier sous l’égide de la police, la sensibilisation aux dangers des drogues (Drug Abuse Resistance Education-DARE ), les camps d’entraînement de style militaire et les mises en situation basées sur la peur, démontre qu’ils ne réduisent pas la criminalité; et que
  • L’évaluation scientifique d’une gamme de stratégies apportant un soutien aux communautés, aux familles et aux écoles, ainsi que de nombreuses approches en matière de prévention situationnelle, se sont avérées efficaces pour réduire de façon importante la criminalité. (Sherman et al. 1997 et 2002)

 

Le « Conseil national de recherches des États-Unis » (NRC) est une organisation privée sans but lucratif, ayant pour mission l’avancement des connaissances et qui fournit des avis en matière de politiques au gouvernement fédéral américain. Suite à des études approfondies, le Conseil en est venu à la conclusion que :

  • La plupart des activités des services policiers sont consacrées à répondre aux appels de service, aux patrouilles non dirigées et aux enquêtes criminelles; elles ne sont pas organisées pour réduire de façon significative la criminalité. Par contre, les interventions policières stratégiques et ciblées ainsi que les partenariats policiers établis avec des agences en mesure d’influer sur les facteurs sous-jacents contribuant à la criminalité ont réduit de manière significative la criminalité. (NRC 2004)
  • Les programmes qui offrent un soutien aux familles, aux jeunes et aux enfants à risque réduisent la maltraitance, la négligence et la délinquance, par exemple en :
    • Favorisant la naissance d’enfants en santé, l’acquisition d’habiletés parentales et le développement dans la phase de la petite enfance;
    • Faisant la promotion de relations saines entre les pairs et en encourageant les jeunes à terminer leurs études. (NRC 2001)
  • Les réponses qui ciblent les multiples facteurs de risque associés à la criminalité et qui intègrent des éléments visant les parents, les enfants, les écoles et la communauté se sont traduites par des réductions plus importantes de la criminalité que les programmes ayant des objectifs plus restreints. (NRC 2001)
  • Les motivations individuelles ainsi que les normes culturelles plus larges, sous-jacentes à la violence contre les femmes, doivent faire l’objet d’interventions par le biais de la prévention primaire afin de pouvoir réduire de manière significative et permanente la victimisation des femmes tant sur la rue qu’au foyer. (NCR 1996 et 2004b)

 

Le « Centre pour l’étude et la prévention de la violence » (Center for the Study and Prevention of Violence - CSPV) situé à l’Université du Colorado à Boulder aux États-Unis a également passé en revue plus de 600 évaluations de programmes en ayant recours à des critères scientifiques rigoureux. Le Centre a identifié onze programmes modèles qui ont démontré leur efficacité à réduire la violence, les agressions, la délinquance et la consommation de drogues chez les jeunes, et ce, dans différents contextes et au sein de différents groupes. Ces programmes, connus sous le nom de « Plans d’action pour la prévention de la violence » (Blueprints for Violence Prevention), comprennent par exemple les visites d’infirmières à domicile et l’apprentissage des habiletés fondamentales de vie, ainsi que des programmes de prévention du taxage. (CSPV 1996)

Le Rapport Sherman et les « Plans d’action pour la prévention de la violence » ont passé en revue de façon systématique la littérature scientifique afin de déterminer quels programmes avaient été évalués en utilisant le plan de recherche le plus robuste - « l’Essai clinique aléatoire » (Randomized Controlled Trial) - et ce que révélaient les conclusions quant à l’impact des programmes sur la délinquance et la criminalité.

« L’Essai clinique aléatoire » (Randomized Controlled Trial) est considéré comme la méthode d’évaluation la plus fiable parce qu’elle est conçue pour éliminer un bon nombre de biais et d’erreurs qui peuvent souvent compromettre la validité des résultats d’une recherche. En utilisant cet outil, les chercheurs répartissent au hasard les participants entre deux groupes différents : ceux qui bénéficieront de l’intervention en question et ceux qui n’en bénéficieront pas. Ceci permet de faire des comparaisons directes des résultats obtenus chez les deux groupes, tout en ayant un degré raisonnable de confiance que ces résultats sont dus à l’intervention et non pas aux différences préexistantes entre les groupes. Cette méthode est utilisée le plus souvent dans le domaine de la médecine et a également été fort utile afin de déterminer ce qui s’avérait efficace à prévenir la criminalité, tel que mentionné ci-dessus.

 

Références

© Université d'Ottawa
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Dernières modifications : 6/11/2008